Retour au sommaire presse mineurs

 

L'évaluation radiologique de l'âge osseux : une méthode imprécise

LE MONDE | 13.05.08 | 15h08 • Mis à jour le 13.05.08 | 15h08

 

Les autorités judiciaires affirment qu'elles ne pas disposent pas de moyen plus fiable que l'évaluation radiologique de l'âge osseux pour déterminer l'âge d'une personne et, notamment, pour vérifier celui d'un mineur étranger isolé présenté à la justice dans le cadre d'une assistance éducative. Cet examen, employé à des fins médico-légales, est pourtant très controversé. La communauté médicale a signalé, à plusieurs reprises, ses imperfections et les risques d'erreurs qui en résultent.


L'évaluation de l'âge osseux n'est pas une science exacte. Aucune méthode ne permet une détermination précise à un ou deux ans près. En médecine, c'est d'ailleurs l'évolution de l'âge osseux dans le temps qui est souvent prise en compte, et non une donnée ponctuelle.

Dans un rapport réalisé à la demande des ministères de la justice et de la santé en janvier 2007, l'Académie de médecine soulignait que si la méthode dite de Greulich et Pyle, la plus utilisée, "permet une bonne approximation de l'âge de développement d'un adolescent en dessous de 16 ans, elle ne permet pas de distinction nette entre 16 et 18 ans".

Cette méthode est effectuée à partir d'une radiographie de la main et du poignet gauche que l'on compare à des clichés pris, dans les années 1930 et 1940, sur une population blanche nord-américaine. "Ces références recèlent en elles-mêmes un risque d'erreur majeur à l'égard de populations d'Afrique ou d'Asie", a mis en garde le Comité consultatif national d'éthique dans un avis rendu en juin 2005.


INCERTITUDES DU CORPS MÉDICAL


Pour Caroline Rey-Salmon, responsable de l'unité médico-judiciaire du pôle pédiatrie de l'hôpital Trousseau à Paris, la prudence doit guider ce type d'expertise. Cette pédiatre, qui voit passer dans son service les mineurs étrangers isolés sur lesquels l'administration parisienne a un doute, pondère toujours l'examen osseux par un examen médical général.

"Nous concluons à la majorité si tous les éléments vont dans le même sens", insiste-t-elle, en précisant qu'elle n'est pas capable de trancher la question dans 10 % des cas. "En cas de doute, l'examen est favorable au jeune", ajoute Caroline Rey-Salmon, qui reconnaît au parquet de Paris le mérite d'accepter les avis et les incertitudes du corps médical en ne concluant pas, dans ces cas-là, à la majorité du jeune.

Laetitia Van Eeckhout

Article paru dans l'édition du 14.05.08.