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Le film de l'expulsion par charter de 65 Ivoiriens et Sénégalais

AFP - 27 mars 2003


Des policiers s'efforçant de rhabiller un Ivoirien hurlant son désespoir,qui s'est mis nu pour éviter l'expulsion par charter : c'est l'image la plus forte d'un film d'une heure trente présenté jeudi aux journalistes, par souci de "transparence", par la Police aux Frontières (PAF). Mardi, 8H00, à Zapi 2 (zone d'attente de Roissy) : "Je suis venu pour vous dire qu'on va vous reconduire dans votre pays", explique Daniel Chaze, directeur adjoint de la PAF, à une dizaine d'Africains. Pendant une heure et demie, il expliquera, par petits groupes, à 65 Ivoiriens et Sénégalais, le déroulement de l'expulsion. Certains s'inquiètent pour les bagages, d'autres parlent de tribunal, l'un répéte "ils vont nous tuer", mais peu réalisent ce qui arrive. Le film est destiné aux policiers eux-mêmes, mais, pour répondre aux
critiques des associations, qui ont fait état de "violences policières", le film est présenté à la presse, au ministère de l'Intérieur. "On a rien à cacher", affirme Daniel Chaze.

Après l'information, c'est la fouille. "Ils gardent leurs sous-vêtements", précise-t-on, et "on leur rend leur grigris et leurs affaires". En sortant de la fouille, plusieurs se précipitent vers la cabine téléphonique. Les policiers passent alors des menottes en toile, mains devant, plus ou moins serrées. Il faut les couper avec un cutter pour les enlever. "On a accepté de partir, je ne veux pas les menottes", dit un Africain. "Sur un vol précédent, on n'a pas passé les menottes, et on a eu cinq policiers blessés", lui répond Daniel Chaze. Une femme claudique, elle souffre d'une entorse. On lui passe les menottes en toile. Une autre a "eu une crise d'hystérie", explique-t-on. Portée à l'horizontale, ses pieds sont entravés par une bande velpo. Dans la cour, un cri répété, "on n'a pas désiré d'être noir".

Près de la cabine téléphonique, un homme nu est emmené, quasiment porté, par les policiers. Dans une pièce, plusieurs policiers tentent de le rhabiller, avec beaucoup de mal, car il se débat, hurlant à plusieurs reprises : "l'escadron (de la mort, ndlr) va me tuer à Abidjan, ma soeur de 6 ans, il l'a tuée". "C'est l'exception, je ne voudrais pas que l'on retienne cette image, il y en a une soixantaine d'autres qui sont restés calmes, mais on vous montre tout, on veut la transparence", affirme Daniel Chaze. Il y aura deux autres exceptions, un Africain caché sous un lit, l'autre sur le toit, à qui l'on passera les menottes dans le dos pour les emmener. Tous montent dans trois bus. La femme est toujours en crise.

L'homme qui s'est déshabillé aussi, et un compatriote tente de le calmer. Ils montent dans l'avion par une passerelle couverte, "pour éviter les chutes volontaires". Dans l'avion, des policiers en tenus de sport sont là depuis une heure. Tout le monde semble calme. On enlève les menottes en toile. Les expulsés auront un plateau repas et un film. A 11H00, l'avion décolle pour Dakar.