| anafé
association
nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers
sommaire
communiqués
Mineurs
isolés en zone d’attente :
des
procédures accélérées pour éviter
la saisine du juge ?
11 février 2005
Une fois de plus, l’Anafé est vivement préoccupée
par le sort des mineurs placés en zone d’attente. Alors
que la Cour d’appel de Paris dans son arrêt HAIDARA a estimé
que le juge des enfants pouvait être saisi de leur situation,
depuis une semaine, l’Anafé constate que la PAF tente la
plupart du temps d’accélérer la procédure
et de renvoyer les mineurs avant même que le juge des libertés
et de la détention et le juge des enfants n’aient été
saisis pour se prononcer sur leur maintien en zone d’attente (1).
E.S, 16 ans, ressortissante péruvienne, est actuellement maintenue
en zone d’attente depuis le 7 février et est accusée
de « falsification de documents ». La police refuse de
la considérer comme mineure malgré les copies de nombreux
documents attestant de son âge que sa mère a fait parvenir
à la police aux frontières. Malgré le manque
de fiabilité des radiographies osseuses, qu’ont signalé
de nombreux médecins, la police insiste pour privilégier
cette méthode de détermination de l’âge.
Elle a quitté le Pérou pour venir rejoindre sa mère
en instance de régularisation en Espagne, car elle vivait avec
son oncle qui la battait. Une personne lui aurait conseillé
de faire une demande d’asile. Sa demande est en cours. Si cette
demande d’asile est déclarée manifestement infondée
(il y a moins de 10 % d’admission sur le territoire au titre
de l’asile), elle pourra alors être réacheminée
par la police.
Un jeune ressortissant chinois de 16 ans est également maintenu
en zone d’attente depuis le 2 février et est menacé
d’un renvoi vers Madagascar. Il était scolarisé
dans un internat en Chine quand au mois de décembre il ne lui
a plus été possible de continuer ses études.
En effet ses parents, employés dans une société
de restauration, ont été arrêtés par la
police. L’école du jeune H.Y a été avertie
du problème et a dû le renvoyer car plus personne ne
pouvait payer ses frais de scolarité. Il a tenté de
se faire accepter dans d’autres établissements mais en
vain. Il a donc décidé de quitter la Chine avec l’aide
d’amis car personne ne peut s’occuper de lui. Il a quitté
Canton en décembre et a effectué un long et périlleux
trajet pour atteindre la France le 2 février 2005. Il a effectué
une demande d’asile le 4 février et se trouve toujours
en attente de la réponse. On l’aurait menacé d’un
renvoi le 11 février.
Trois enfants, ressortissants colombiens, âgés de 15,
9 et 6 ans, accompagnés de leur tante sont arrivés dimanche
à Roissy d’où ils comptaient rejoindre Barcelone,
lieu de résidence de leur mère depuis trois ans. Ils
auraient été arrêtés pour « falsification
de documents », ce fameux argument qui permet à la police
aux frontières de contester de nombreuses entrées de
mineurs. Ils ont tous été placés en zone d’attente.
La police ayant égaré le document reconnaissant l’autorité
parentale de la tante sur les trois enfants, un administrateur ad
hoc a donc été nommé afin d’assister les
trois mineurs. Une des jeunes filles, malade, a dû être
transportée à l’hôpital lundi après-midi.Leur
demande d’asile ayant été déclarée
manifestement infondée, la décision de non-admission
sur le territoire leur a été notifiée à
une heure du matin. La précipitation de la procédure
pour ces trois enfants prend tout son sens quand on sait qu’ils
ont été embarqués dans un vol pour Caracas quelques
heures plus tard, 35 minutes exactement avant l’expiration du
délai de 96h passé lequel la police doit obtenir l’autorisation
du juge des libertés et de la détention pour maintenir
un étranger en zone d’attente.
A.M, angolaise, âgée de 15 ans vient de sortir de la
zone d’attente. Sa mère a fui l'Angola pour des motifs
politiques et a obtenu le statut de réfugié en France.
Elle a récemment entamé une procédure de regroupement
familial. Mais A., qui n’a plus de famille proche dans son pays
et qui, parce qu’elle porte le même nom que sa mère,
craignait pour sa sécurité, a pris les devants et a
organisé son départ avec l’aide d’un ami.
A.M. enceinte de plus de sept mois a été libéré
après sa visite à l’hôpital.
L’Anafé rappelle que la place d’un enfant n’est
pas en zone d’attente et que l’admission sur le territoire
d’un mineur isolé devrait être automatique. Car dès
lors qu'un mineur étranger se présente seul aux frontières,
une situation de danger doit être présumée, qu'elle
soit liée à des motifs politiques, personnels et familiaux.
Pour cette raison, le dispositif français de protection et de
représentation juridique du mineur a vocation à s’appliquer,
et le juge des enfants est seul compétent pour prendre toute
mesure de protection qui apparaît nécessaire, notamment
prononcer une mesure de placement de l’enfant auprès de
l’Aide Sociale à l’Enfance.
(1) Le maintien en zone d'attente est prononcé par la PAF pour
une durée initiale de 48 heures. A l'issue de cette période,
il peut être renouvelé une fois par elle, pour la même
durée. Au terme de quatre jours et dans l’hypothèse
où elle le souhaite, l'administration sollicite d’un juge
du Tribunal de grande instance (le juge des libertés et de la
détention) l'autorisation de prolonger ce maintien.
|