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Communiqué
de presse
Non à
l'Accord de réadmission avec le Kosovo
Le 2 décembre dernier, le ministre français
de l’Immigration, Eric Besson, et le ministre de l’Intérieur
du Kosovo, Zenun Pajaziti, ont annoncé la signature d’un
« accord de réadmission des personnes en séjour
irrégulier » entre les deux pays. Avec la signature de
cet accord, la France allonge la liste des pays qui profitent du besoin
de soutien des autorités kosovares pour dissuader les personnes
originaires du Kosovo de demander l’asile.
Cette perspective est particulièrement inquiétante. En
effet, le Kosovo est loin d’avoir fait ses preuves concernant
le respect des principes démocratiques et des droits de l’Homme,
comme en témoignent de nombreux observateurs. C’est ce
qu’on peut retenir du dernier rapport de la Commission européenne,
qui juge que les conditions de vie des communautés les plus vulnérables
ne se sont pas améliorées, notamment celle des Roms et
groupes apparentés qui restent fortement marginalisés.
Le Département d’Etat des Etats-Unis pointe également
la persistance de tensions interethniques, et de discriminations sociales
et institutionnelles qui touchent tout particulièrement les Serbes,
les Roms, les Ashkalis et les « Egyptiens » du Kosovo [1].
Au cours d’une visite au mois de mars, le Commissaire aux Droits
de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, a
pu lui aussi constater que la région « n’en a pas
fini avec les conséquences du conflit armé » et
que les minorités ethniques, en particulier les Roms, font l’objet
de graves discriminations dans tous les domaines de la société.
Le 2 décembre, le Commissaire a mis en garde les pays européens
: « ce n’est tout simplement pas le moment de procéder
à des retours en général et encore moins à
des retours forcés » [2].
De son côté, le groupe d’experts du Conseil de l’Europe
sur les Roms et les gens du voyage « MG-S-Rom » a mis en
garde contre l’expulsion de Roms qui « pourrait saper les
efforts déployés actuellement par les autorités
pour intégrer les populations roms locales et les demandeurs
d’asile et réfugiés roms du Kosovo déjà
présents sur leur territoire » et entraîner des déplacements
secondaires.
Les nouvelles « lignes directrices pour évaluer le besoin
d’une protection internationale de personnes du Kosovo »,
du Haut Commissariat pour les Réfugiés du 9 novembre 2009
[3] sont très explicites. Il y est noté que la situation
des minorités ne s’est pas améliorée par
rapport à la période précédente et que certains
groupes, dont les Serbes du Kosovo et les Albanais en provenance des
régions où ces groupes sont minoritaires, ainsi que les
Roms, devraient bénéficier d’une protection internationale
ou, au moins, d’une protection subsidiaire.
Cette situation est connue des autorités françaises :
sur son site, le ministère des affaires étrangèrers
et européennes annonce : « Si on observe un certain retour
au calme, plusieurs incidents inter-ethniques sont à signaler
ces dernières semaines en particulier aux alentours de Mitrovica,
où la tension entre Serbes et Albanais est la plus forte. En
outre, les manifestations serbes hebdomadaires contre l’indépendance
conservent une certaine ampleur et demeurent le champ d’action
privilégié des éléments radicaux. Le passage
à une situation de troubles peut donc être très
rapide [4] ».
C’est pourquoi nous dénonçons avec force la conclusion
d’un accord de réadmission entre la France et le Kosovo.
Si le droit au retour est garanti par le droit international, le retour
forcé de personnes dans un pays/territoire où elles risquent
d’être exposées à des traitements dégradants
ou des actes de violence constitue une violation potentielle des droits
de l’Homme. Les Roms sont particulièrement visés
par cette menace. Nous appelons le gouvernement français à
faire en sorte que ces personnes soient protégées dans
le cadre d’une véritable tradition du droit d’asile,
celle qui relève tout simplement de la convention de Genève
et non pas d’une prétendue logique de « supermarché
», pour reprendre l’expression particulièrement inopportune
du ministre français de l’immigration.
Nous demandons par conséquent aux parlementaires de s’opposer
à la ratification de cet accord bilatéral tant que les
organismes internationaux présents n’auront pas constaté
un changement radical de la situation politique, économique et
sociale au Kosovo.
Le 10 décembre 2009
Organisations signataires :
* ABCR (association Biterroise contre le racisme)
* Appona 68
* AREAS – Gens du voyage et Roms migrants
* Asav
* Association Chachipe
* Association Ethno-Savannah
* Association pour la mémoire de l’internement et de la
déportation tsigane (AMIDT)
* Association PROCOM
* Association Samudaripen
* Association TERNIKANO BERNO – Cercle de Jeunes
* ATMF
* Cimade
* Fnasat
* Gisti
* Hors la Rue
* Mrap
* Rencontres Tsiganes à Marseille
* RESF
* Section syndicale CGT Insee – Auvergne
* Union des associations latinoamericaines en France
[1] « 2008 Human Rights Report : Kosovo », Bureau od democracy,
Human Rights and Labour, February 25, 2009
[2] « Kosovo : « Ce n’est pas le moment de procéder
à des retours » affirme le Commissaire aux droits de l’homme
», Strasbourg, le 2 décembre 2009
[3] « UNHCR’s Elegibility guidelines for assessing the
international protection needs of individual from Kosovo », UNHCR,
9 november 2009, HCR/EG/09/01
[4] Onglet « Sécurité » de la « fiche
pays » Kosovo du site www.diplomatie.gouv.fr
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