La
justice sépare de force un couple de demandeurs d’asile
kurdes
Elle,
libérée, à dix jours de son accouchement,
lui maintenu en zone d'attente pour être expulsé
Le
27 janvier 2009
Le 19 janvier, un couple de jeunes kurdes, M. I. et Mme B. enceinte
de plus de huit mois, arrivent à l’aéroport Roissy-Charles
de Gaulle. Ils demandent immédiatement l’asile pour être
protégés par la France en raison des persécutions
dont ils font l’objet en Syrie du fait de leur appartenance à
la minorité kurde et des activités politiques de M. I.
En dépit de ses 8 mois révolus de grossesse, Mme B. sera
détenue pendant 5 jours, avec son mari, comme tous les demandeurs
d'asile qui se présentent à un poste frontière
français. Le 21 janvier, le ministre de l’Immigration refuse
de les laisser entrer sur le territoire français.
Le 24 janvier, le juge des libertés et de la détention
(JLD), qui contrôle les conditions et motifs du maintien en zone
d’attente, décide de libérer Madame B suivant ainsi
l’avis du médecin estimant que son état de grossesse
avancée est « incompatible avec un transport aérien
».
Et
Monsieur ?
La réponse du magistrat, est sans appel : « l’enfant
n’est pas encore né », et M. I. doit rester
en zone d’attente pour être renvoyé vers son lieu
de provenance dès que cela est possible.
Mme B est effrayée, pleure et supplie de la laisser repartir
en zone d’attente avec son mari, ce dernier refusant catégoriquement
d’être séparé de son épouse enceinte,
sous les yeux des représentants de l’ANAFE présents.
La police finit par évacuer la salle d’audience et, quelques
minutes plus tard, Monsieur I, qui s’est débattu violemment,
en, sort porté par les policiers, pieds et poings liés,
le torse tourné vers le sol. Au bout de quelques secondes, ses
cris s’étouffent. Il repart en zone d’attente.
En dépit de l’état de santé de Mme B., ni
le SAMU, ni les pompiers, ni l’aide sociale à l’enfance
ne voudront la prendre en charge. Après plus de deux heures d’attente,
c’est la Croix Rouge Française de l’aéroport
de Roissy qui viendra la chercher pour la conduire dans un hôtel,
et lui permettra de téléphoner à son mari en zone
d’attente.
Même si elles tirent les conséquences d’une décision
de justice, les autorités françaises ont l’obligation
et le pouvoir de ne pas séparer cette femme de son époux
et l’enfant à naître de son père, conformément
aux obligations découlant de l’article 8 de la Convention
européenne des droits de l’homme qui prescrit le respect
de la vie privée et familiale et de l’article 3 de la Convention
internationale des droits de l’enfant selon lequel « dans
toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles
soient le fait des institutions publiques […], des tribunaux,
des autorités administratives […], l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être une considération
primordiale ».
En
faisant référence à ces dispositions, l’Anafé
s’est adressée au ministère de l’Immigration
pour demander que les membres de cette famille soient immédiatement
réunis sur le territoire français et que la France cesse
de détenir des personnes vulnérables en zone d’attente.
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