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Paris
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sommaire des communiqués
Monsieur
Nicolas Sarkozy
Ministre de l'Intérieur
Ministère de l'Intérieur
Paris,
le 16 mai 2003
Monsieur
le ministre,
Je me permets de vous faire part de nos préoccupations concernant
certaines informations relatives aux zones d'attente contenues dans
votre lettre publiée dans l’édition du 8 mai 2003
du journal La Croix, adressée à Mgr Berranger, Mgr Brunin
et Mgr Daloz en réponse à leur message du 28 avril sur
les « insuffisances du projet de loi sur le droit d'asile ».
Evoquant ce que les évêques qualifient de « pratiques
scandaleuses » en zone d'attente, vous vous déclarez
choqué par des allégations qui, selon vous, seraient
tirées de « témoignages anonymes » d’étrangers
transmis plusieurs semaines après leur reconduite « sans
aucun élément de preuve ». Déclarant avoir
demandé aux associations habilitées à intervenir
en zone d’attente de vous tenir immédiatement informé
de toute « suspicion de violence » qui aurait pu être
commise contre un étranger, vous affirmez n'avoir été
saisi d'aucun cas précis en un an. Selon vous, les seuls cas
de violence ayant donné lieu à des certificats médicaux
seraient en nombre très limités et concerneraient des
étrangers qui ont résisté à une tentative
de reconduite.
Permettez-nous d’être très surpris par vos affirmations.
L’Anafé a déjà fait part de ses regrets
face à l’opacité des suites données aux
témoignages de « suspicion de violence » dont elle
se fait régulièrement l’intermédiaire auprès
de vos services. Dans ses rapports, elle a fait état de la
convergence d’indices qui, s’ils n’apportent pas
de preuve formelle, attestent au moins de la vraisemblance des témoignages
recueillis. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à
apporter de tels témoignages : le Comité pour la prévention
de la torture du Conseil de l’Europe en a notamment fait état
après sa visite du 14 au 26 mai 2000.
Dans le rapport de mars 2003 que nous vous avons adressé, nous
estimions très théorique la possibilité pour
un étranger maintenu en zone d’attente de porter plainte
du fait de craintes de représailles éventuelles, en
particulier d’un refoulement plus rapide. Les étrangers
qui sont admis sur le territoire ont souvent mille autres soucis lorsqu’ils
entreprennent leurs démarches et peuvent en outre craindre
des répercussions sur ces démarches. Un récent
rapport du Groupe d’études et de lutte contre les discriminations
(GELD) rappelle, sur la base de plusieurs témoignages, les
obstacles qu’un étranger victime de violences policières
peut rencontrer pour porter plainte : ce qui est vrai pour des personnes
qui jouissent de leur liberté de mouvement ne peut l’être
que d’autant plus pour des étrangers maintenus en zone
d’attente, peu au fait des procédures françaises
et souvent handicapés par l’obstacle linguistique.
La
réunion de débriefing supposée désormais
clore les visites effectuées en zone d’attente est souvent
l’occasion, pour les représentants des associations,
de faire part aux responsables de la police aux frontières
des témoignages de brutalités transmis par certains
étrangers rencontrés. De même, les témoignages
recueillis à l’occasion de nos permanences téléphoniques
quotidiennes sont régulièrement transmis à vos
services. Pour citer un cas très récent, nous avons
signalé le 6 mai dernier que Johnson Edwards, un demandeur
d’asile déclaré libérien et mineur avait
allégué des violences policières. Nous avons
joint à ce signalement un certificat médical mentionnant
« des coups au niveau des dents, de la joue et des paupières
inférieures, du thorax et du dos » entraînant une
incapacité temporaire de travail de quatre jours. Force nous
est de constater que ces messages reçoivent rarement de réponse
des services alertés.
En ce qui concerne la présence d’associations au sein
de la zone d'attente, vous précisez, dans votre lettre aux
évêques, que la Croix-Rouge Française y sera «
en permanence » dès que la convention nécessaire
sera signée. Vous niez les « horreurs » alléguées
par certaines associations dans ces zones et précisez que c'est
sans crainte que vous « leur » en ouvrirez les portes,
également « en permanence ».
Lors de la réunion à laquelle vous avez convié
les associations habilitées le 14 mars dernier, vous avez indiqué
que, contrairement à ce qui avait été rapporté
dans la presse, vous n’étiez finalement pas opposé
à ce que l’assistance juridique fasse partie du contenu
des missions des associations présentes en zone d’attente.
Dans la suite logique du processus entamé depuis plusieurs
mois entre votre cabinet et l’Anafé, vous avez confirmé
qu’une phase expérimentale permettait de mettre en œuvre
les conditions de cet accès. Vous avez proposé de nous
revoir un mois plus tard et de nous adresser un document de travail
précisant vos propositions une semaine avant cette nouvelle
rencontre.
Deux mois après cette promesse, nous n’avons reçu
aucune nouvelle de votre part malgré plusieurs tentatives de
contacts avec votre cabinet. Nous regrettons ce silence inexpliqué
de votre ministère à l’égard de l’Anafé
et nous interrogeons sur sa signification, d’autant qu’il
fait suite à d’autres. Ainsi en novembre 2002, lors de
la réunion annuelle permettant aux associations habilitées
de rencontrer les divers services administratifs opérant en
zone d’attente, le principe d’une rencontre spécifique
sur ces questions sensibles de violence avait été adopté.
Malgré plusieurs relances de notre part, à ce jour,
aucune date ne nous a été proposée. Aujourd’hui,
c’est par la presse que nous recevons confirmation de votre
projet d’ouvrir « en permanence » les portes des
zones d’attente à des associations. C’est avec
beaucoup d’impatience que nous attendons de lire le document
de travail annoncé, décrivant les conditions de cet
accès.
Dans l’attente de la mise en œuvre effective du processus
de discussion que vous avez annoncé le 14 mars, je vous prie
d’agréer, Monsieur le ministre, l'assurance de ma haute
considération.
Hélène GACON
Présidente
de l'Anafé
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